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26 janvier 2021

Sarah Kiang, alumni de l’ECV Nantes se lance dans l’aventure de l’auto-édition

C’est un peu comme un rêve d’enfant de pouvoir imprimer son propre livre ! Savoir que mon livre pourrait être lu par plein de personnes différentes et posé sur les étagères de personnes qui me sont proches, ou non, me rend vraiment heureuse. C’est juste fou !

Sarah Kiang   |   Diplômée 2020 Mastère Graphique Design

Après avoir écrit son premier ouvrage dans le cadre de son projet de fin d’étude en Mastère Design Graphique à l’ECV Nantes, Sarah Kiang, diplômée en juin 2020, se lance dans l’aventure de l’auto-édition. Entre récit de vie et roman illustré, « Le Grand Arbre » est un projet très personnel que Sarah espère pouvoir produire grâce au lancement de sa campagne de crowdfunding Ulule.

Bonjour Sarah, peux-tu te présenter ?

Bonjour ! Je m’appelle Sarah Kiang, je suis née à Nantes et j’ai grandi entre deux cultures : française et chinoise. Après cinq années passées à l’ECV Nantes, j’ai obtenu mon diplôme en direction artistique au mois de juin 2020. Aujourd’hui, je suis designer graphique et directrice artistique indépendante à Nantes, dans la ville de l’éléphant et des petits LU. Au cours de mes études et de mes différents stages, je me suis prise de passion pour le papier, la mise en page et l’édition. Mais j’aime aussi les couleurs, l’illustration, la broderie, les typographies (et la nourriture) ! 😀

Peux-tu nous parler de ton projet de fin d’étude Le Grand Arbre ?

J’ai eu le plaisir d’écrire mon tout premier ouvrage, Le Grand Arbre, pour mon diplôme à l’ECV. Le Grand Arbre, c’est un objet hybride entre récit de vie et roman illustré qui regroupe des témoignages et des documents iconographiques issus d’une investigation familiale. Le lecteur est appelé à plonger au cœur des non-dits d’une famille asiatique dont la parole se libère peu à peu grâce aux questionnements de la jeune autrice en quête d’émancipation.

Qu’est ce qui t’a motivé à réaliser ce projet ?

Pendant longtemps, j’ai eu honte de mes origines. J’ai rejeté la culture de mes parents pour pouvoir m’intégrer dans mon pays “d’adoption”. Je suis née en France, mais les stéréotypes et la stigmatisation des Asiatiques m’empêchaient d’être moi-même. J’ai grandi sans rôle modèle qui me ressemblait dans le paysage français, et je ne me reconnaissais pas non plus dans la culture chinoise. J’ai eu beaucoup de mal à trouver ma place.

Le projet est né suite à une remise en question de mon identité, mes origines et ma famille. Pourquoi en France, je m’appelle Sarah Kiang, et en Chine, je m’appelle Cai Li Yu ? Pourquoi dois-je utiliser des noms différents dans deux pays ? Se connaître soi-même est déjà une chose compliquée en temps normal, mais avoir de multiples identités, cela me faisait me poser beaucoup de questions.

C’est la raison pour laquelle j’ai décidé de mener une enquête auprès de ma famille pour savoir plus clairement d’où je viens. J’ai finalement trouvé le courage de renouer avec mes racines et j’ai tenté de retracer l’histoire tempétueuse de mes ancêtres, de la Chine à l’aube de l’invasion japonaise jusqu’à leur arrivée et installation en France. Aujourd’hui, je peux dire que j’ai enfin rétabli la paix entre mes deux identités.

Peux-tu nous expliquer quelles ont été les étapes de construction de ce projet ?

La première pierre à l’édifice a été mon mémoire de première année de Mastère, qui portait sur le racisme anti-asiatique. L’écriture de celui-ci a confirmé mon intérêt pour mes origines et l’Asie en général, et mis en évidence l’importance que tout cela avait pour moi.

Puis, pendant les vacances de Noël 2019, juste avant la pandémie, je suis retournée sur les terres de mes parents, en Chine, à la recherche de réponses sur ma famille et sur moi-même. À mon retour en France, j’ai cherché à rencontrer des personnes de ma famille avec lesquelles je n’avais jamais discuté auparavant pour continuer à reconstituer mon puzzle familial. Et petit à petit, tout au long de mon enquête, j’ai découvert des non-dits, des secrets de famille, des anecdotes pourtant fondatrices dans l’histoire de ma famille mais dont personne ne parlait jamais, et dont je n’avais jamais entendu parler.

Ces témoignages m’ont révélé des choses sur mes proches, comme mes parents, mais aussi sur mes ancêtres que je n’ai jamais connu. Ainsi, il m’a paru nécessaire de regrouper et mettre en valeur toutes ces précieuses paroles qui m’avaient été confiées dans un ouvrage, et c’est ainsi qu’est né Le Grand Arbre.

Pourquoi avoir fait le choix de l’auto-édition ?

L’auto-édition, c’est prendre en charge toutes les étapes de la publication de son livre sans l’intermédiaire d’un éditeur. Il faut à la fois s’occuper de l’impression, du financement, de la communication, de la promotion, de la diffusion, des envois, et je dois sûrement en oublier d’autres. Cela demande donc beaucoup d’investissement, d’énergie et de motivation.

J’ai fait ce choix-là car j’avais envie de faire quelque chose de nouveau, de sortir de ma zone de confort, mais aussi de continuer dans la lignée de tout faire soi-même de A à Z. Cela me permet également de me rapprocher des futurs contributeurs de ce livre, car cela devient un projet collectif et non plus personnel. J’ai besoin qu’un maximum de monde précommande le livre afin de participer tous ensemble à cette aventure du Grand Arbre !

Quel futur espères-tu pour Le Grand Arbre ?

Tout d’abord, j’aimerais réussir à atteindre mon objectif Ulule pour que le livre puisse exister. Dévoiler Le Grand Arbre au grand public est à la fois effrayant, car il contient des histoires très personnelles, mais également très excitant ! C’est un peu comme un rêve d’enfant de pouvoir imprimer son propre livre ! Savoir que mon livre pourrait être lu par plein de personnes différentes, et posé sur les étagères de personnes qui me sont proches, ou non, me rend vraiment heureuse. C’est juste fou !

Ensuite, dans l’idéal, j’aimerais pouvoir traduire le livre en mandarin avec ma mère, ou bien avec d’autres traducteurs. Cela permettrait, dans un premier temps, que des membres de ma famille qui ne parlent pas le français puissent comprendre le livre, et dans un second temps, que le livre puisse toucher encore plus de personnes, que cela dépasse notre cercle familial et éventuellement que ça puisse servir à d’autres générations. Sinon, j’ai également pensé décliner Le Grand Arbre en version audio avec la possibilité d’écouter le livre en différentes langues et dialectes, pourquoi pas ?

Outre l’édition, quels sont tes domaines de prédilection ?

C’est vrai que lorsque j’ai découvert l’édition et la fabrication lors de mon deuxième stage à l’Agence O Cédille, à Paris, je n’ai pas réussi à m’en défaire. J’ai vraiment eu un coup de cœur pour le papier et pour le design éditorial.

Mais, depuis le premier confinement, j’ai commencé à revenir à mes instincts de première année à l’ECV. Je me suis remise à la peinture et à l’aquarelle, je me suis acheté une tablette graphique pour pouvoir faire des illustrations digitales, parce que je voyais plein de comptes sur Instagram qui faisaient plein de jolis dessins et que j’avais envie d’essayer aussi. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai fait de l’illustration pour Le Grand Arbre alors que ce n’était pas du tout prévu initialement.

Et depuis le deuxième confinement, j’ai participé à un atelier broderie chez Les Embobineuses, à Nantes, et j’ai commencé à décliner mes illustrations dans la broderie. Je trouve que de voir ses illustrations sous une autre forme que du print, avec du fil et une aiguille, ça rajoute de la vie, de la texture, ça donne une tout autre dimension au dessin que j’adore !

De quoi aimerais-tu que ton avenir professionnel soit fait ?

Tout d’abord, j’aimerais qu’il soit rempli de plein de choses positives. J’aimerais continuer cette aventure avec autant de plaisir, de passion, et de belles rencontres. Par ailleurs, je travaille en parallèle du livre avec une copine, Jeanne Aigle, que j’ai rencontrée à l’ECV. On vous réserve de belles surprises et on espère que le projet se concrétisera. Pour l’instant, je ne peux pas vous dire grand chose, mais ce sera autour de la papeterie, de l’illustration, de nos racines et… oh, je m’emballe. On vous en dit plus vers la saison du Printemps 2021 !

Comment se sont déroulées tes études à l’ECV Nantes ?

Globalement, j’ai passé de belles années à l’ECV. J’ai appris plein de choses sur le graphisme, les métiers du design et diverses techniques. Je suis allée un semestre en échange à Leicester, en Angleterre, dans le cadre d’Erasmus+ et à Toronto, au Canada, pour un workshop organisé entre l’ECV et le George Brown College. J’ai toujours été bien entourée et j’ai fait de belles rencontres. C’était cinq années riches en émotions.

Quel est ton meilleur souvenir à l’ECV ?

Si je devais n’en citer qu’un, je dirais que mon meilleur souvenir à l’ECV a été le workshop en partenariat avec Trempolino, encadrés par les supers intervenants Renaud Paumero et Benjamin Reverdy. C’était une semaine en immersion dans le monde musical, où un étudiant de M1 ou de M2 travaillait sur l’identité visuelle d’un artiste. J’ai travaillé avec le duo Gustus et Mélo, un mélange de chansons françaises et de slam, qui partaient en tournée à vélo, dans toute la France.

Pouvoir échanger avec des musiciens mais aussi avec les autres étudiants et m’immiscer dans le monde de la musique a été super enrichissant. En plus, ce qui était drôle c’est que j’ai partagé ce workshop avec ma grande sœur, qui, à ce moment-là, faisait également partie de la formation MuMA à Trempolino. Je n’ai pas travaillé avec elle pour des raisons assez évidentes, mais rien que de pouvoir partager ça ensemble hors d’un cadre familial a été trop chouette. Ce fut une superbe expérience !

Si tu devais donner un conseil aux futurs diplômés de l’ECV, ce serait quoi ?

Je dirais que malgré les moments de doute, il faut persévérer, ne pas baisser les bras, et profiter de ces moments à l’ECV. Ce sont cinq années où on nous permet d’expérimenter plein de nouvelles choses et où on apprend à mieux se connaître à la fois créativement et personnellement. N’ayez pas peur de vos idées et croyez en vous pour pouvoir tout donner dans vos projets. Ainsi, vous arriverez à lier plaisir et travail et à vous épanouir, telle une jeune pousse qui deviendra à son tour un grand arbre.

Un petit mot de la fin ?

Tout d’abord, merci de m’avoir proposé cette interview. Ça me fait extrêmement plaisir de pouvoir partager mon expérience en tant que jeune diplômée. Plein de bons souvenirs ont ressurgi au fil de ces questions. Ensuite, en cette période un peu compliquée, je vous souhaite à tous beaucoup de bonheur, joie, amour et santé. Prenez soin de vous. Et à très vite, j’espère ! 🙂

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