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24 novembre 2020

CHAOS, un film impactant réalisé par Julien Seignol avec Eddy Lacrosse

Portrait Julien Seignol

Je suis heureux d’avoir mené ce projet de A à Z avec les moyens du bord, par moi-même et en partant d’une simple intention personnelle.

Julien Seignol   |   Réalisateur du film Chaos

Diplômé en 2020 d’un Mastère en Publicité, Julien Seignol signe un court-métrage ambitieux sur le questionnement de la dualité Homme – Animal qui existe en chacun de nous.

Retour sur la production de ce film, son projet de fin d’études en Design à l’ECV Bordeaux et découvrez une interview exclusive du réalisateur et de son acteur, Eddy Lacrosse, Champion de France Boxe anglaise.

Chaos - Julien Seignol - ECV Design 2020 L'introspection d'un boxeur doutant de sa propre humanité à travers sa pratique du combat.
Julien Seignol - affiche film Chaos

Chaos, créé et réalisé par Julien Seignol en 2020, avec Eddy Lacrosse, acteur principal et Champion de France Boxe anglaise.

Comment est né Chaos ?

Julien : C’est mon projet de fin d’études. Pour moi, c’était surtout l’occasion de découvrir ce que je pouvais faire en tant que “réalisateur” en devenir, sur un projet dont la seule limite créative était celle que l’on pouvait se donner. Mon cursus de direction artistique, bien que très polyvalent, reste différent d’un cursus cinéma. Mais ma passion pour le monde audiovisuel m’a instinctivement poussé à réaliser un film.
Pour créer quelque chose de sincère, il fallait que je traite d’un sujet qui soit lié, de près ou de loin, à une expérience personnelle. J’ai hésité un long moment. Et puis à la question “Qu’est-ce que tu as envie de filmer, là, tout de suite ?” j’ai instinctivement répondu “Du sport. Du combat !”.
Je voulais traiter de l’humain et étant pratiquant de sports de combat, le lien s’est fait d’un coup.

Julien Seignol - planche recherche - Chaos

Comment s’est passée votre rencontre ?

Julien : À l’étape de la conception du film, je savais qu’il me fallait un bon boxeur pour avoir un rendu crédible et percutant. J’ai posté des annonces sur les réseaux et de fil en aiguille, je suis tombé sur Eddy, qui sortait du lot par son palmarès de champion et plus encore par son physique digne du dernier Creed. Il avait “la gueule”. Cerise sur le gâteau : il avait l’air volontaire pour participer à toutes sortes de projets ! Le premier échange qu’on a eu m’a permis de lui expliquer mes intentions, mais on a surtout parlé combat. Le courant est carrément bien passé !

Eddy : Julien recherchait un boxeur sur les réseaux sociaux et quelqu’un a mentionné mon profil. Il m’a donc envoyé un message et nous nous sommes rencontrés. J’ai tout de suite été emballé par le projet puisqu’il concerne ma passion première, la boxe.

julien-seignol-ecv-bordeaux

Quel est le but premier du film ?

Julien : D’abord de rappeler que quoi qu’il arrive, un humain reste un animal. On a tendance à l’oublier voire à s’en détacher, mais c’est une réalité. Traiter ce sujet à travers le combat me permettait de prendre cette première idée à contre-sens en démontrant par une simple introspection que contrairement à ce qu’une partie des gens pensent, le combat, et en l’occurrence la boxe, reflète tout ce qui fait du boxeur un humain. Il n’est pas plus un animal qu’un passionné de pêche ou qu’un collectionneur de timbres. C’est même sûrement lors de situations extrêmes, et donc lors d’un combat, que les forces et les faiblesses humaines ressortent le plus. Alors si ça peut enlever cette image de “violence pour la violence” que certains se font des sports de combat : mission accomplie.

Eddy : On a longuement parlé ensemble afin que je donne à Julien mon ressenti sur la préparation pour un vrai combat. Et le rendu de ce court-métrage est selon moi excellent car j’ai l’impression que tout le monde peut comprendre l’état d’esprit du combattant avant et pendant l’affrontement. De mon point de vue de boxeur professionnel c’est ça que je trouve fantastique. L’écriture du texte et la voix off sont superbes.

Comment avez-vous géré les tournages ?

Julien : Eddy m’a annoncé lors de notre première rencontre qu’il avait une intervention chirurgicale le 16 mars, à savoir 30 jours plus tard. J’ai donc dû “précipiter” les tournages. Cette contrainte fut finalement un heureux hasard, puisque le 16 mars tout juste, on nous annonçait le confinement. Sans cette opération, jamais les tournages ne se seraient faits à temps, jamais le projet n’aurait vu le jour ou du moins pas de la même manière.
Pour ce qui est des tournages en eux-mêmes, j’ai voulu rassembler une petite équipe de volontaires de manière à pouvoir me concentrer sur ce que j’avais à faire et à avoir un making-of photo. J’ai donc eu la chance d’avoir le soutien de Théophile, Célia, Maëlle et Claire.
Ils se sont faits assez rapidement : deux tournages de quatre heures et un tournage bonus d’une heure à peine en duo avec Eddy après le premier confinement.

CHAOS-making-of

 

Eddy : Effectivement le hasard a bien fait les choses. J’avais déjà participé à de courtes vidéos sur la boxe ou ma préparation pour de gros combats, donc je savais que mon rôle était finalement très court comparé à toute la mise en place nécessaire pour les scènes. Le maître mot était patience pour moi ! (rires)

Julien Seignol - tournage Chaos

Quel a été le plus gros challenge lors du tournage et de la construction du projet ?

Julien : C’était notamment de faire rentrer tout ce que j’avais prévu sur mon storyboard dans deux sessions de tournages, de deux fois quatre heures. C’était très court ! J’ai redécouvert cette “focus vision” comme j’aime l’appeler maintenant. Quand il faut faire les choses vite et bien, on est dans notre monde, on se met une pression, la vision est restreinte, le temps passe à toute vitesse. L’aide que j’avais sollicité s’est révélée extrêmement utile à ce moment-là pour moi. Je pouvais me focaliser sur l’essentiel.

Pour la construction du projet en lui-même, c’est la partie réflexion et écriture qui a été la plus délicate. C’est au début que tu fais naître l’idée, que tu décides de quelle manière tu vas lui donner vie et de ce fait, que tu décides d’anéantir toutes les autres idées qui auraient pu naître. Cela demande un peu de confiance en soi et sur ce projet je n’en avais pas tellement, c’était une découverte. J’ai mis un premier pied dans le rôle de jeune réalisateur, ce qui est complètement différent du métier de vidéaste par exemple.

Eddy, quel effet cela fait de passer du statut de boxeur à acteur ?

Eddy : C’était très plaisant de jouer différentes émotions et d’essayer de faire coller le plus possible mon attitude à ce que Julien voulait comme rendu à l’image. D’autant plus que j’étais dans mon domaine de prédilection ! La boxe étant mon univers, je savais pertinemment ce que telle ou telle situation crée chez un boxeur. J’ai adoré jouer ce « rôle » sur-mesure pour moi.

Julien Seignol - Eddy

Quelles sont les œuvres qui ont inspiré ce projet ?

Julien : Il y en a beaucoup, sûrement une grande partie de manière inconsciente d’ailleurs. Pour le côté introspection d’un individu, un court-métrage m’a particulièrement marqué : LEON de Jackson Tisi. Ce film raconte des faits réels et l’acteur principal est l’homme réellement concerné par l’histoire. Pour moi, il est à la limite de la perfection.
Artistiquement, je dirais que c’est le travail de Valentin Petit qui m’a donné envie de pousser un peu plus loin encore le projet. C’est un jeune réalisateur que j’admire vraiment pour son travail et son parcours. J’espère un jour pouvoir atteindre un niveau équivalent et avoir cette liberté créative qu’il semble détenir aujourd’hui.
Enfin, il y a un texte de Sylvain Tesson, que m’a fait lire mon grand-père et qui a débloqué la façon dont j’avais envie de faire penser le boxeur, c’est tout de suite devenu évident. Cela m’a vraiment servi de déclic.

Pensez-vous refaire un projet ensemble ?

Julien : Honnêtement on n’en a pas parlé. Mais puisque le courant est bien passé, pourquoi pas !
Ce qui est certain par contre, c’est qu’il faudrait faire quelque chose de très différent ou alors de beaucoup plus poussé pour que cela ait vraiment un intérêt.

Eddy : Ça serait avec grand plaisir. Cette expérience a même éveillé chez moi une réelle envie de jouer. Alors je vais y travailler ! Je me demande si Julien n’a pas lancé chez moi une nouvelle passion.

Julien Seignol - affiche film Chaos

Êtes-vous fiers du résultat, le message est-il fidèle au projet d’origine ?

Julien : Fier c’est difficile à dire. Disons que je suis heureux d’avoir mené ce projet de A à Z avec les moyens du bord, par moi-même et en partant d’une simple intention personnelle. Heureux de la façon dont l’ont accueilli les gens qui l’ont déjà vu. Et heureux car il m’a convaincu que, malgré un parcours étudiant de direction artistique généraliste, je pouvais aussi me plonger pleinement dans la réalisation et allier les deux.
Le rendu est plutôt proche de ce que je pouvais espérer faire sur le moment et le message délivré est clairement mon intention de départ. Après évidemment, si on s’écoute, on n’est jamais complètement satisfait de ce qu’on produit, on n’a jamais vraiment fini. On a envie d’y revenir, mais il faut savoir s’arrêter et passer au projet suivant, recommencer à partir d’une page blanche pour faire mieux la prochaine fois. Et je suppose que c’est aussi ça, qui nous permet d’évoluer.

Eddy : C’est le projet de Julien et je pense qu’il peut être fier du résultat. Pour ma part, je suis très fier d’y avoir participé. Et merci à son équipe et leur gentillesse lors des tournages, ils étaient géniaux.

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